Work Cited
Castel de Saint-Pierre, Charles-Irénée. Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe. 2 vols. Utrecht: A. Schouten, 1713.
Il s'agit de l'ouvrage de référence au siècle des Lumières en France dans les débats hérités des humanistes du dix-septième siècle sur les moyens d'éviter les guerres. Il ne s'agit pas de cosmopolitisme (la notion de communauté du genre humain n'y est pas mentionné, et les "sauvages" d'Amérique et d'ailleurs n'ont pas droit de souveraineté sur les terres qu'ils habitent), ni d'universalisme (le projet est limité à l'Europe "Chrétienne", incluant la Russie mais excluant la Turquie), mais d'internationalisme (étant entendu qu'à l'époque le terme de "nation" signifie Etat en théorie de "droit public", cf. Vattel).
L’ouvrage est organise en plusieurs “discours”.
Premier discours : les moyens pratiqués pour la paix jusqu’ici sont inefficaces
Première proposition: La constitution présente de l’Europe ne saurait produire que des guerres parce qu’elle ne peut procurer de sécurité suffisante à l’exécution des traités.
Analyse « structurelle » de la société européenne.
Seconde proposition : L’équilibre des puissances ne procure pas un système suffisant
Il faut établir une « société permanente ».
Deuxieme discours : Deux préjugés en faveur du projet
Première proposition: l’EXEMPLE DE L’UNION gERMANIQUE
Moyens pour former l'Union Germanique :
1. Premier moyen, se contenter de la possession actuelle. 115
2. Moyen, arbitrage perpétuel. 116
3. Moyen, punition du Refusant; mot de Solon. 117. & suiv.
4. Moyen, contingent. 119
Seconde proposition : lE PROJET D’hENRI LE GRAND.
Pourquoi un projet de paix jugé avantageux par environ dix-huit souverains il y a cent ans ne le serait pas aujourd’hui ?
Troisieme discours : si le projet de société europeenne procure la securite il n’y a pas d’avantage a ne pas signer le traite
Ni les traités, ni l’équilibre des puissances ne sont suffisants pour garantir la paix en Europe.
Avantage du traité de paix perpétuelle :
Avantage que donne la multiplicité des Souverains pour rendre la Paix inalterable. 185 Egalité dans la cession; & dans l'acquisition; & avantage de plus. 188
2. Avantage, substitutions aux Mâles des Souverains. 192
3. Avantage du côté de la voye de l'Arbitrage. 195 On risque plus dans la Guerre que ce qui est en contestation. 199
2. On est forcé d'entrer dans les querelles des autres. 200 Plus de dépendance dans le sistême de la Guerre. 201 Il acquiert autant qu'il cede. 205 Les Arbitres interessez à être équitables. 206
4. Avantage, pouvoir plus grand, dépendance moins grande. 208 Moins de dépendance à l'égard des voisins. 208 & suiv. Plus de pouvoir à l'égard des Sujets. 211
5. Avantage, progrez des Loix, des réglemens, des établissemens utiles. Diminution du nombre des Procez. 214 Discernement du merite. 215 Commodité & sûreté des chemins. 216 & suiv. Préservatif contre la famine.217 Perfectionnement de l'éducation. 218 Accroissement des Finances du Souverain au soulagement de ses Sujets. 220
6. Avantage; plus tant de besoin de dissimuler, & plus de facilité à profiter des lumieres de tous ses Sujets. 223
7. Avantage, progrés des arts & des sciences. 227
8. Avantage, durée des monumens. 228
9. Avantage, réputation. 230
10. Avantage, tranquillité.235
11. Avantage, produit du Commerce239
12. Avantage, multiplication des Sujets 241
13. Avantage, tribut des Frontiéres plus grand. 242
14. Avantage, grande diminution de dépense en Troupes. 243
15. Avantage, plus grande durée des Maisons Souveraines. 248
Quatrieme discours : La societe procurera la surete au dedans et au dehors
Articles fondamentaux
Article 1 : les souverains conviennent qu’il y aura une union permanente et perpétuelle entre les souverains soussignés, et si possible entre tous les souverains chrétiens dans le dessein de rendre la paix inaltérable, et une alliance offensive ou défensive avec les voisins. Les représentants se réuniront dans une ville en congrès ou sénat. (284-285)
Article 2 : la société perpétuelle ne se mêle point des affaires internes de chaque Etat si ce n’est pour apporter secours pour en conserver la forme fondamentale.
Article 3 : L’union emploiera toutes ses forces pour empêcher que durant la régence un Etat faible ne soit attaqué.
Article 4 : Chaque souverain se contentera du territoire qu’il possède actuellement. L’Union est garante de l’exécution de tous les traités futurs, et arbitre de tous les différends qui peuvent naître.
Article 5 : Nul souverain ne peut posséder deux souverainetés.
Article 6 : La Maison d’Espagne ne sortira point de la Maison de Bourbon ou de France d’aujourd’hui.
Article 7 : Les députés rédigeront des lois de commerce entre les nations en général et entre nations en particulier.
Article 8 : Nul souverain ne prendra les armes ou déclarera des hostilités que contre celui déclarer ennemi de la société européenne. Le Sénat concilie les différends entre souverains.
Article 9 : 24 sénateurs ou députés des souverains unis, chaque député a une voix.
Article 10 : Les souverains contribuent aux frais de la société à raison de leur richesse.
Article 11 : En cas de décision provisoire pour la sûreté de la société, celle-ci se prendra à la pluralité des voix.
Article 12 : les onze articles fondamentaux ne peuvent être changés sans consentement unanime.
Articles importans
Article 1 : Le Sénat est composé d’un député de chaque membre signataire. Le Sénat se tiendra par provision à Utrecht.
Article 2 : Pour maintenir la correspondance entre le Sénat et les membres, le Sénat enverra chez chacun d’eux un ambassadeur et un résident pour chaque province de plus de deux millions d’habitants. Chaque souverain facilitera autant que possible les informations.
Article 3 : Quand l’Union emploiera des troupes contre son ennemi, aucune nation n’enverra un plus grand nombre qu’une autre ; mais pour favoriser les moins puissants, l’Union l’aidera à financer et lever des troupes d’un grand nombre.
Article 4 : Après que les Princes unis auront déclaré la guerre à un souverain, si une de ses provinces se révolte en faveur de l’Union, celle-ci demeurera démembrée et sera gouvernée en forme de République ou sera donnée en souveraineté à celui des Princes du sang que cette province aura choisi pour son chef.
Article 5 : L’Union récompense les informations utiles à sa sûreté.
Article 6 : Pour augmenter la sûreté de l’Union, le serment sera renouvellé chaque année par les souverains et leurs généraux.
Article 7 : Comme il y a beaucoup de terres en Amérique et ailleurs qui ne sont habités que de sauvages, et que les souverains y ont des territoires, l’union nommera des commissaires qui établieront les limites pour éviter toute guerre de différends.
Article 8 : En cas de problème de succession dans un Etat, l’Union réglera de concert avec les souverains quel sera le successeur.
Cinquieme discours : si le projet est proposé pendant la guerre, il favorise la paix ; s’il est proposé pendant la paix il la perpetue ; s’il est proposé durant la conference de paix il en favorise la conclusion
Sixieme discours : objections
Septieme discours : articles utiles
I. ARTICLE. Sûreté & privilege de la Ville de Paix. 292
II. ART. Généralissime de l'Union. 294
III. ART. Qualité des Députez, &c. 296
IV. ART. Fonctions des Députez. 298
V. ART. Forme des délibérations, &c. 300
VI. ART. Sûreté des Frontiéres de l'Europe. 308
VII. ART. Contingens. 309 Liste des Contingens. 311 Dépense de l'Union. 313
VIII. ART. Union Asiatique. 316
Additions: intérêts de chaque souverain
Work Cited
Rousseau, Jean-Jacques. Jugements sur le projet de paix perpétuelle. Vols. III Du contrat social, écrits politiques, in Œuvres complètes, by Jean-Jacques Rousseau, edited by Bernard Gagnebin and Marcel Raymond, 591-600. Paris: NRF Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1964 [1782].
Dans cette édition posthume, Rousseau s’interroge sur la faisabilité du projet de l’abbé de Saint-Pierre. Face aux critiques qui ridiculisent l’idée que les rois puissent soumettre leurs différends à un Tribunal, Rousseau rappelle tout simplement que le premier auteur d’un tel projet n’était autre qu’un roi : Henri IV, et son ministre Sully. Or, à l’époque des démarches diplomatiques d’Henri IV dans le but d’aboutir à un traité de paix, chacun ne faisait que travailler à son intérêt particulier : chacun voulait s’assurer qu’aucun ne serait plus puissant ; et Henri IV lui-même y gagnait en divisant plus puissant que lui. Il fit 15 ans de paix pour préparer une guerre finale pour permettre la paix éternelle. Ainsi en six ans de guerres le budget de l’État ne fut pas amputé ni la société saignée. Seulement, l’attentat qui mit fin à ses jours replongea l’Europe dans les éternelles guerres.
Work Cited
Rousseau, Jean-Jacques. Extrait du projet de paix perpétuelle de monsieur l'abbé de Saint Pierre. Vols. III Du contrat social, écrits politiques, in Œuvres complètes, by Jean-Jacques Rousseau, edited by Bernard Gagnebin and Marcel Raymond, 563-589. Paris: NRF Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1964 [1761].
Saint Pierre introduit l’idée d’un gouvernement confédératif comme solution aux guerres qui perdurent en Europe. La solution est d’unir les peuples par des liens semblables à ceux qui unissent les individus : il faut les soumettre à l’autorité des lois.
Il existe une « Société des Peuples d’Europe ».
Cette formation est historique et date de l’Empire romain qui incorpora les peuples vaincus comme « citoyens romains ».
L’Europe se trouve dans une situation particulière : mélange par le commerce ; communauté intellectuelle et culturelle ; une multitude d’États rendant nécessaire leur interdépendance.
Cependant l’état relatif des Puissances de l’Europe est un état de guerre. Les traités de paix sont passagers, et le droit du plus fort règne. La raison en est :
1. Le droit public (jus gentium) de l’Europe n’est pas établi ou autorise de concert.
2. Quelque soit le régime politique d’un État, cela ne change rien à l’état de fait.
Le problème et la solution
Sachant que toute société se forme par des intérêts communs et que toute division nait des intérêts opposés, la solution est d’établir une « … force coactive, qui ordonne et concerte les mouvemens [sic : orthographe 18ème siècle] de ses Membres… » (569). C’est la seule solution valable.
Le projet de « monarchie universelle » est ridicule car aucun n’est assez fort pour s’imposer aux autres (570).
L’accord entre deux ou trois puissances pour subjuguer tout le reste ? Chimère : on a jamais vu d’association durer entre des puissances aussi unies.
Les données du problème européen
Il existe des limites naturelles qui forment les Nations par les fleuves et les montagnes (théorie des climats). Ceci explique la diversité des États mais aussi l’équilibre des forces en Europe.
Pour former une confédération solide et durable, il faut donc mettre les membres dans une dépendance mutuelle telle que les associations particulières soient impossibles (573).
On en conclut que :
1. Il règne entre les Peuples d’Europe, exceptée la Turquie, une liaison sociale imparfaite mais plus étroite que les nœuds généraux et lâches de l’humanité (573).
2. L’imperfection de cette société rend la condition de ceux qui la composent pire que la privation de toute société entre eux. (573-574)
3. Les liens qui rendent cette société nuisible sont aussi ceux qui la rendent facile à perfectionner (574).
Solution in concreto
Il faut que cet établissement :
· Détruise l’abus, étende les avantages, force toutes les parties à concourir au bien commun.
· Soit tellement général que nulle Puissance considérable ne puisse s’y refuser.
· Ait un Tribunal judiciaire qui puisse établir les lois et les règlements qui doivent obliger tous les membres.
· Possède une force « coactive et coërcitive » pour contraindre chaque État à se soumettre aux délibérations communes.
· Soit ferme et durable pour empêcher les membres de s’en détacher.
Il faudrait organiser une Diète générale ou congrès réunissant tous les souverains importants (Empereur des Romains, Russie, France, Espagne, Angleterre, Etats Généraux, Danemark, Suède, Portugal, Pologne, Rome, Prusse, Bavière, Palatin, Suisse, Ecclésiastiques, Venise, Naples, Sardaigne) pour accepter ces articles établissant la confédération générale :
1. Etablissent une alliance perpétuelle et irrévocable, et nommeront des plénipotentiaires pour tenir dans un lieu une Diète ou Congrès permanent où les différends sont réglés par voie d’arbitrage ou de jugement.
2. Spécifient le nombre de Souverains dont les plénipotentiaires ont voix à la Diète ; l’ordre, le temps et la manière dont la présidence se déroule ; la quotité des contributions.
3. La confédération garantie la reconnaissance de toutes les possessions et le gouvernement des États actuels ; contentieux laissés à l’arbitrage de la Diète.
4. Spécifient le cas où tout Allié est mis au banc de l’Europe et proscrit comme ennemi public : préparatifs de guerre, traités contraires à la confédération ; action commune contre tout ennemi public.
5. Les plénipotentiaires pourront former à la pluralité des voix les règlements qu’ils jugent importants « pour procurer à la République Européenne et à chacun de ses Membres tous les avantages possibles » (576)
Cette confédération établira la paix perpétuelle car elle fait renoncer aux conquêtes les Princes, de peur de tout perdre, et par là-même elle ôte aux Princes toute crainte d’être conquis. (578-579)
Réponses aux objections
Rousseau évoque le ridicule qui couvrit Saint-Pierre dans les cabinets des Princes, son assertion selon laquelle il est de l’intérêt des Princes de mener ce projet à bien car cela les couvrirait de gloire éternelle, étant acquis qu’il est de leur intérêt de faire le bien pour leur peuple. (580-581) Rousseau cependant ne rejette pas le projet pour autant, mais observe avec réalisme les intérêts des Princes. Les différends qu’ils causent par leurs prétentions territoriales ne sauraient être jamais réglés sans tenir compte des prétentions adverses. C’est donc un bien pour tous de renoncer à ce qu’ils désirent pour accepter ce qu’ils possèdent. De plus, les rois les plus sages voient combien coûtent les conquêtes, en argent et en hommes. D’autant plus qu’il est possible d’accroître sa puissance sans augmenter le territoire mais en le resserrant. La dépendance dans laquelle chacun sera vis-à-vis le Tribunal commun ne diminuera pas la souveraineté mais l’affermira.
A la différence du « Corps Germanique » ayant un Chef permanent, la Diète européenne doit avoir une présidence tournante. (584)
Problème des pays frontières de l’Union : ils sont dans le même cas aujourd’hui ; délivrés des inquiétudes européennes, ils seront plus forts face aux attaques du dehors ; possibilités d’établir plus de forteresses aux frontières de l’Europe à frais communs ; troupes de la confédération toujours prêtes à repousser l’agresseur ; un « Corps aussi redoutable que la République Européenne » ôterait aux étrangers l’envie d’attaquer. (585)
Work Cited
Cloots, Anacharsis. “Bases constitutionnelles de la République du genre humain.” In Écrits révolutionnaires 1790-1794, by Anacharsis Cloots, edited by Michèle Duval, 473-502. Paris: Éditions Champ Libre, 1979 [1793].
République une et indivisible du genre humain.
Un seul et unique souverain : le genre humain.
La France a un rôle de guide.
Par conséquent les institutions de cette République sont à appliquer en France. Le régime institutionnel que préconise Cloots est présenté à la Convention (pas à une Assemblée universelle ou internationale).
La France devenue libre par la révolution et appliquant les droits de l’homme comme « religion », doit libérer les autres peuples sous le joug du despotisme. Les droits de l’homme chez Cloots, héritier en cela des philosophes des Lumières, se comprennent comme issus de la philosophie du droit naturelle. Il s’agit de la Déclaration de 1789. C’est donc l’individu qui est libre et qui est à la base de sa conception constitutionnelle : « la République des individus unis ».
Contexte = recherche d’une constitution.
Cloots entend répondre aux vœux du peuple, « de la France, de l’Europe et du monde ». (475) « Tous les peuples demanderont à se réunir à cette demande fraternelle qu’après avoir posé des bases et développé des principes qui tiennent essentiellement à la conservation de la liberté que nous avons conquise avec tant de peine et de gloire. Le peuple romain s’étudiait à perpétuer l’esclavage de l’univers ; le peuple français va s’occuper des moyens de perpétuer la liberté universelle. » (475)
« Nous poserons la première pierre de notre pyramide constitutionnelle, sur la roche inébranlable de la souveraineté du genre humain. Nous évaluerons ensuite les avantages de l’unité représentative, et les inconvénients de la pluralité fédérative. La raison, développée clairement, dissipera les nuages dont l’opinion publique pourrait être circonvenue. » (475-476) « La Convention nationale n’oubliera pas que nous sommes les mandataires du genre humain : notre mission n’est pas circonscrite dans les départements de la France ; nos pouvoirs sont contresignés par la nature entière. » (476)
« C’est en consultant la nature que je découvre un système politique dont la simplicité sera parfaitement saisie par quiconque désire toute l’indépendance, tout le bonheur dont l’homme est susceptible. L’individu ne saurait être libre tout seul ; un petit nombre d’individus ne sauraient rester libres longtemps. » (476) Il n’y a pas de liberté sans sûreté aux frontières. « Nous ne sommes pas libres, si un seul obstacle moral arrête notre marche physique sur un seul point du globe. Les droits de l’homme s’étendent sur la totalité des hommes. Une corporation qui se dit souveraine, blesse grièvement l’humanité ; elle est en pleine révolte contre le bon sens et le bonheur ; elle coupe les canaux de la prospérité universelle ; sa constitution manquant par la base, sera contradictoire, journalière et chancelante. De ces données incontestables résulte nécessairement la souveraineté solidaire, indivisible du genre humain ; car nous voulons la liberté plénière, intacte, irrésistible, nous ne voulons pas d’autre maître que l’expression de la volonté générale, absolue, suprême. Or, si je rencontre sur la terre une volonté particulière qui croise l’instinct universel, je m’y oppose ; cette résistance est un état de guerre et de servitude dont le genre humain, l’Être Suprême, fera justice tôt ou tard. » (476)
« J’ai dit, et le répète, que le genre humain est Dieu… C’est le genre humain régénéré que j’avais en vue, lorsque j’ai parlé du Peuple-Dieu dont la France est le berceau et le point de ralliement. La souveraineté indivisible, imprescriptible, immuable, inaliénable, impérissable, illimitée, absolue, sans bornes et toute-puissante ; par conséquent deux peuples ne sauraient être souverains, car, en se réunissant, il ne reste plus qu’un seul souverain indivisible ; donc aucune réunion partielle, nul individu ne peut s’attribuer la souveraineté. Un roi qui s’obstine à garder sa couronne, et un peuple qui s’obstine à s’isoler, sont des rebelles qu’il faut dompter, ou des errants qu’il faut ramener avec le flambeau des droits de l’homme, sous le giron de l’Assemblée, de l’association universelle. » (476-477)
« Newton a réuni tous les philosophes par sa découverte physique ; je réunirai tous les hommes par ma découverte politique. Chaque peuple libre reconnaîtra mon principe, en évaluant les avantages inestimables de l’unité souveraine : or, si tous les peuples déclarent la même vérité, les mêmes droits, il en résulte naturellement une seule Nation dont la paix ne sera jamais troublée par des voisins jaloux, ni par des factieux turbulents. Le mensonge porte la discorde d’un pôle à l’autre ; la vérité portera la concorde d’un hémisphère à l’autre. » (477)
« LE genre humain ne doit trouver aucune résistance nulle part ; il agit comme bon lui semble, il ne souffre point de co-associé. Ce contrat primitif, cette condition éternelle est le seul cachet de la souveraineté. Admettre un autre souverain que le genre humain, c’est admettre la quadrature du cercle et rejeter les démonstrations mathématiques. Deux souverains sur notre planète impliquent contradiction. » (477)
« Il n’y a pas d’autorité plus tutélaire que celle du genre humain ; il donne la plus grande latitude à chaque section de l’Empire : tous les individus, sous son gouvernement, jouiront d’une égale portion de liberté. S’agit-il de payer l’impôt ? (et qu’est-ce que l’impôt dans une république sans voisins ?) il fixe à chacun sa quote-part, sans rien prescrire sur le mode de perception. »Les différences de choix sociaux ? « Qu’importe à la société, pourvu que l’impôt rentre, et que les députés arrivent en raison de la répartition universelle ; chacun fera le déboursé de ses fantaisies particulières. La différence des costumes, des cultures et des cultes ne troublera point l’harmonie sociale. Pas d’autre règle, à cet égard, que la convention topographique… Les liens élastiques des droits de l’homme se plient à toutes les circonstances favorables à l’humanité ; rien au monde ne saurait désunir la république des droits de l’homme. » (478)
Foi en son projet : il s’agit de bon sens, l’esprit humain préfèrera toujours les lumières et la science. (478)
« L’esprit
« Il n’y a pas plus de raison d’ériger un département en souverain, qu’un district, un canton, une municipalité, une famille, un individu. Chaque homme, si vous le voulez, est un souverain, bien entendu que sa souveraineté n’empiète pas sur la souveraineté individuelle des autres hommes. » « Une fraction de la grande famille ne saurait s’emparer de la faculté souveraine, de la faculté de vouloir absolument, irrésistiblement, sans un démenti formel au genre humain. » (479) « Deux hommes, ou deux peuples isolés sur la terre pourront se croire souverains ; mais au moment du contact, au premier signal des droits de l’homme, il n’y a plus qu’une volonté absolue dans le monde. Qui dit souverain dit despote ; ne soyons pas étonnés si les prétendus souverains ont ravagé les domaines du souverain légitime dont le despotisme est le résultat heureux et unique de toutes les volontés particulières. Une seule erreur a livré notre globe à une chaîne de calamités ; c’est de couronner toute autre puissance que le genre humain. Détrônons les fractions sociales ; et le tout, le despote par excellence, la loi universelle réalisera les fables de l’âge d’or. » (479)
Considérations sur l’Amérique : le système confédératif n’est pas bon. Ils en viendront à notre unité qui nous est enviée. Lorsque deux horloges marchent et indique l’heure, on préfère celle la moins lourde, avec la mécanique la plus simple.
Paris est le centre politique de la République : « Paris est à la France ce qu’un point mathématique est pour les géomètres : quatre-vingt et tant de rayons [allusions au nombre de départements] aboutissent à la commune nationale. » (480) « La destinée de Paris est inséparable de celle de la République. » (481)
« Le genre humain comprendra les oracles de la raison invariable. J’occupe la tribune de l’Univers, et la catholicité de nos principes doit frapper l’oreille de tous les hommes. Les dénominations de français et d’universel vont devenir synonymes, à plus juste titre que les noms de chrétien et de catholique. »
Bicamérisme ou monocamérisme ? « Montrez-moi deux chambres dans la nation et je vous accorderai deux chambres dans la constitution. Un peuple homogène doit avoir une représentation homogène. » (481-482)
L’intérêt de Cloots pour le morcellement du monde provient d’un problème dont il a la solution. Il s’est demandé pourquoi des villes comme Venise ou Gênes ou les villes Grecques se battaient les unes contre les autres. En voyant que les Français de Marseille et de Bordeaux ne s’entretuaient pas il conclut que « Deux familles indépendantes de la loi commune en viendront nécessairement aux mains pour la lisière d’un champ, le lit d’un ruisseau, la plantation d’un arbre, la construction d’un mur. » « Le droit du plus fort, le droit de conquête, les commotions hostiles sont les conséquences funestes de l’oubli des droits de l’homme. L’oubli de la loi unique est l’origine de toutes les dépendances, de toutes les servitudes, de toutes les chevaleries féodales, de toutes les baronnies belligérantes, de toutes les calamités morales. » (482) « Tout languit, tout se corrompt, tout se détruit dans l’absence d’une vérité-mère. Si les princes ont pris la place des principes, c’est en rappelant les principes que nous chasserons les princes. « (482)
Cloots s’oppose à une conception géopolitique répandue selon laquelle il est nécessaire de placer des petites Républiques entre les tyrans et la France pour éviter les horreurs de la guerre. Cependant, « Le commerce est la principale cause des dissensions humaines : or, les Républiques sont plus commerçantes que les royaumes. N’ayons pas de voisins si nous ne voulons pas avoir d’ennemis. Ennemi et voisin sont termes synonymes dans les langues anciennes. Un peuple est aristocrate à l’égard d’un autre peuple : les peuples sont nécessairement méchants : le genre humain est essentiellement bon, car son égoïsme despotique n’est en opposition avec aucun égoïsme étranger. «La République du genre humain n’aura jamais de dispute avec personne, car il n’y a point de pont de communication entre les planètes. » (483)
« Voulons-nous rétablir la paix sur notre continent ? Faisons pour l’Europe ce que nous avons fait pour la France. Éclairons les hommes, délivrons-les de leurs erreurs ; et la haine naturelle entre voisins se changera en amour naturel pour la loi commune qui, toujours impassible, ne fléchira pas sous la fougue des passions locales. Il n’y a pas de tyran plus terrible que l’erreur ; sans l’erreur il n’y aurait point de tyran. » (483) Autre problème du « poly-républicanisme » : « Un département n’est pas sous la protection d’un autre département, mais une petite République sera plus ou moins sous la protection d’une grande République ; or, voilà un germe d’aristocratie dont les développements coûteront cher aux protecteurs et aux protégés. » (484)
Constitution :
Une chambre
« Il n’y a proprement qu’un seul pouvoir, celui du souverain ; toutes les distributions sont des agences, des devoirs. Je dirai donc le devoir législatif, le devoir exécutif, sans porter préjudice aux autorités constituées. » (485)
Les ministres doivent être choisis au sein de l’Assemblée. (485)
Le conseil exécutif choisit son président chaque semaine ou quinzaine, il n’a aucune prépondérance vocale.
Le devoir exécutif n’aura aucune part à la confection des lois, sinon un avis motivé.
Pas de veto. Le seul veto est celui de l’opinion publique suffisamment prononcé.
Les fonctionnaires publics sont dans une dépendance rigoureuse à la loi car cela découle des droits de l’homme : ne pas faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu’on fît à nous-mêmes.
Tous les fonctionnaires étant sous l’inspection du souverain, il n’est pas utile de créer un sénat, ni une haute cour nationale. Responsabilité individuelle des ministres.
Le ministre de l’intérieur et celui de la justice seront la seule occupation de la législature, et veilleront à l’harmonie universelle.
« Une constitution qui ne sera pas bonne pour tous ne vaudra rien pour personne. Or les droits de l’homme établissent naturellement une chambre représentative qui appartient à tout le monde ; mais l’oubli des droits de l’homme, le morcellement du monde, exige un échafaudage vicieux, un conseil exécutif en contradiction avec l’éternelle vérité, un corps étranger qui n’appartient qu’à une fraction politique. » (487)
« La République universelle remplacera l’Église catholique, et l’Assemblée nationale fera oublier les conciles œcuméniques. L’unité de l’État vaudra mieux que l’unité de l’Église. « (488) « L’unité théologique a produit tous les maux ; l’unité politique produira tous les biens. » « La théocratie universelle persécute la raison ; la monarchie universelle persécute la liberté ; la République universelle rend à chacun ce qui lui est dû. » (488)
Version de la justice redistributive : « Le mal physique n’étant plus aggravé par le mal moral, on supportera patiemment l’inclémence des saisons et tous les maux naturels. » (488) « La paix perpétuelle maintiendra un niveau perpétuel entre la consommation et les consommateurs, entre l’ouvrage et les ouvriers. »(489)
« Les biens nationaux seront vendus, et chaque particulier administrera son propre bien. Nous pourrons supprimer la plupart des comités et renvoyer tous les ministres. Notre organisation perfectionnée par l’union universelle nous dispensera un jour d’avoir ce qu’on appelle un gouvernement. La législature, composée d’un ou deux députés par département, sera plus que suffisante pour surveiller les administrations inférieures et pour servir de bureau officiel de correspondance à la république sans vassaux ni voisins. « (489)
« Les décrets seront très rares lorsque la constitution de l’univers sera faite, lorsque les droits de l’homme seront en exercice sur un globe divisé politiquement en mille cases départementales. » (489)
The problem with nationalism : « L’existence de deux Nations implique contradiction ; elles auraient les mêmes droits, les mêmes attributs. Comment seraient-elles indivisibles ? Je ne vois pas pourquoi une commune n’aurait pas le privilège de s’ériger en troisième souverain, ou au moins de changer de souverain. Tout s’explique, tout s’éclaircit avec la souveraineté du genre humain. »(489)
« L’étranger ! Expression barbare dont nous commençons à rougir et dont nous laisserons la jouissance à ces hordes féroces que la charrue des hommes civilisés fera disparaître sans efforts. Quel embarras nos vicissitudes politiques, nos intérêts opposés, nos balancements capricieux ne donnent-ils pas aux différents gouvernements sublunaires ? » (490)
Borders are an impediment to economic development : « La nature a donné à tel pays du vin, à tel autre du blé ; un pays occupe le haut d’un fleuve, un autre en occupe les bouches. Tout se détériore en élevant un mur entre le pays de la vigne et le pays du froment, entre la montagne des sources et la plaine des embouchures, entre les pressoirs de l’huile et les mamelles de la génisse. Par exemple, les pacages de la Hollande et les guérets de la Beauce, et les graves de Bordeaux, et les côteaux de la Provence ne sauraient s’isoler sans se faire un tort mutuel ; et comme toutes les rivières, les fleuves et les mers communiquent ensemble naturellement, c’est à nous de multiplier ces communications par des chemins et des canaux, et non pas de les interrompre par des constitutions, des frontières, des forteresses, des escadres. Imitons la nature, si nous voulons être ses heureux enfants. » (490)
Cloots foresees the democratic deficit of globalisation : « On discute en Europe les intérêts d’un habitant des antipodes, et l’on doutera si une assemblée représentative des deux hémisphères peut exister pour le bonheur permanent de l’humanité ! Je ne connais de barrière naturelle qu’entre la Terre et le firmament » (491).
Cloots’ refutation of his project being imperialistic: “Vous voulez donc soumettre à la domination française tous les peoples de la terre? Je réponds à cette question étrange, que je ne connais ni domination française, ni constitution française. Les droits de l’homme rallient tous les individus sous la domination humaine… Appartenir à la France, c’est appartenir à soi-même ; se gouverner à la française, c’est avoir une municipalité de son choix, une assemblée représentative de son choix. Avec de pareilles bases, il n’est pas plus difficile de réduire la carte politique sur une échelle convenue que la carte géographique. L’Assemblée nationale de France est un résumé de la mappemonde des philanthropes.
Mais pour effacer tous les prétextes et tous les malentendus, et pour ôter aux tyrans, à nos ennemis, une arme perfide, je demande la suppression du nom Français, à l’instar de ceux de Bourguignon, de Normand, de Gascon. Tous les hommes voudront appartenir à la République universelle ; mais tous les peuples ne voudront pas être Français. La prévention de l’Angleterre, de l’Espagne, de l’Allemagne ressemble à celle du Languedoc, de l’Artois, de la Bretagne, qui substituèrent leur dénomination particulière à celle de la France ; mais aucune de ces provinces n’aurait consenti à porter le nom d’une province voisine. Nous sommes les déclarateurs des droits de l’homme, nous avons renoncé implicitement à l’étiquette de l’ancienne Gaule ou France. Une renonciation formelle nous couvrira de gloire, en avançant d’un siècle les bénéfices de la République universelle. Il serait très sage et très politique de prendre un nom qui nous concilierait une vaste contrée voisine ; et comme notre association est une véritable union fraternelle, le nom de Germain nous conviendrait parfaitement. La république des Germains, par l’heureuse influence d’un préjugé souvent homicide, ne tarderait pas à s’étendre sur tous les cercles germaniques.
« Projet de décret.
La Convention nationale voulant mettre un terme aux erreurs, aux inconséquences, aux prétentions contradictoires des corporations et des individus qui se disent souverains, déclare solennellement sous les auspices des droits de l’homme :
Article I.
Il n’y a pas d’autre souverain que le genre humain.
Article II.
Tout individu, toute commune qui reconnaîtra ce principe lumineux et immuable, sera reçu de droit dans notre association fraternelle, dans la république des Hommes, des Germains, des Universels.
Article III.
A défaut de contiguïté ou de communication maritime, on attendra la propagation de la vérité, pour admettre les communes, les enclaves lointaines. »
Here lays the foundation of "internationalism", with which cosmopolitanism shares some features. They are both based on the discourse of natural law, united humankind, and the concept of "society" of men who left the "state of nature". The whole question is where the difference lays. Is cosmopolitanism the theory that make the "society of societies" prevail over individual societies? Or is this not mere universalism?
Work Cited
O'Brien, Karen. Narratives of Enlightenment: Cosmopolitan History from Voltaire to Gibbon. Cambridge: Cambridge University Press, 1997.
Study of historians: Voltaire, Hume, Gibbon, William Robertson, David Ramsay.
Introduction: cosmopolitanism, narrative, history
Cosmopolitan history:
“‘Cosmopolitanism’ is no longer a term much favoured by intellectual historians: as an idea, it seems to lack intellectual content; as a category of political thought, it has no referent. [footnote: “the last investigation of this idea was Thomas J. Schlereth]. The term is occasionally invoked by literary and cultural historians of the eighteenth century in connection with neoclassical notions of taste, the language of bourgeois political aspirations or aristocratic consumer preferences. [footnote: for example Gerald Newman The Rise of English Nationalism 1987; J. Pappas “The Revolt of the Philosophes against Aristocratic Tastes”, Culture and Revolution by Dukes and Dunkley, 1990]. I have revived the term for the purposes of this study because it simultaneously encapsulates an attitude of detachment towards national prejudice (often described as an ‘impartial’ or ‘philosophical’ attitude in other studies of these historians), and an intellectual investment in the idea of a common European civilisation” (O'Brien 1997, 2).
Voltaire understood this civilisation in cultural rather than political terms. Voltaire mounted a cosmopolitan critique of his own national history (siècle de Louis XIV, siècle de Louis XV) which he re-evaluated in his general history of the world Essai sur les moeurs.
“Cosmopolitanism is thus a point of orientation for these historians, and, frequently, an impetus to irony at the expense of the partialities and accidents which lie behind those reassuring stories which nations tell to themselves. It is also, in the work of some eighteenth-century historians, an identity-prescription for their readers: Europe, it is implied, must remain part of the structure of their self-awareness as French, British or American subjects or citizens. (3)
“A national self, it is often held, needs a negative counter-image of the ‘other’ to give it definition and psychological purchase… Yet, as I shall argue, such straightforward antinomies of patriotism and cosmopolitanism appear to dissolve when tested against the work of some of the eighteenth century’s most prestigious and popular national historians” (O'Brien 1997, 4).
18th-century historians wrote in a fundamentally literary way. “The rhetorical model, in particular, helps to explain the nature of the presence of eighteenth-century historians in their own texts both as political persuaders and orchestrators of their readers’ aesthetic responses. History was also understood in this period, in related but non-rhetorical ways, as a form of spectacle designed to awaken the imagination and stimulated the sensibility.” (7)
National contexts:
“The cosmopolitan approach to questions of national history in the writings of Voltaire, Hume, Robertson, Gibbon and Ramsay updated and put a new polemical spin on older, humanist notions of the European inheritance of a common cultural identity from the ancient Roman world (the translatio studii)” (12-13).
“My chapter on Voltaire explores the literary and ideological backgrounds to these innovations, and explains how Voltaire’s rejection of traditional dynastic and public law-based discourses of French nationality opened the way for a new critical and cosmopolitan reading of French and, later, global history according to aesthetic rather than political norms.” (13)
Voltaire’s neoclassical poetics of history
“As meta-historical investigations of the cognitive problems of retelling the past, they contribute something to contemporary French philosophical debate… It was the thematic concerns of Voltaire’s histories, which centred upon the evolution and existence of a unique, common European civilisation, that particularly attracted an international readership.” (22)
At the time, history was depreciated by sceptics or Pyrrhonians rejecting Descartes’ rationalist solutions.
“Voltaire’s solution to the poverty of national history and to the philosophical depreciation of history was… to effect a closer rapprochement between history and literature” (26) “By arranging his histories within identifiable literary structures…, Voltaire hoped to annex similar prestige to history. Voltaire also imported from neoclassical theory the notion of ‘vraisemblance’ which encapsulated the moral and aesthetic requirement that literature should treat only of the natural and probable, and never of the fantastic, trivial or debased.” (26) “Voltaire also embraced the ethical function performed by neoclassical literature; like poetry, history must assert civilised standards, and harmonise moral, social and aesthetic values.”
The narrative of Europe
The Essai sur les mœurs et l’esprit des nations… “explores the contradictory relationship between the arts, the philosophical spirit, and the evolution of civilisation in Europe. Moreover, it attempts to do so in ways which will erode national partialities… Despite its declared ambition to supply an overview of the development of civilisation, the Essai is essentially an agglomeration of a number of national histories held together by a (sometimes fragile) narrative thread... The unity of these national histories, Voltaire explains in the summary ‘Résumé de toute cette histoire’ (1756), is to be found, not at the level of master narrative, but in the pre-cognitive drive to civilisation inherent in all men and women:
Au milieu de ces saccagements et de ces destructions que nous observons dans l’espace de neuf cent années, nous voyons un amour de l’ordre qui anime en secret le genre humain, et qui a prévenu sa ruine totale. C’est un des ressorts de la nature, qui reprend toujours sa force : c’est lui qui a formé le code des nations. (II, 808: 1756, XVI, 149)
Man’s creative love of order, which has affinities with the historian’s own artistic quest for form in variety, fashions and sustains the delicate and slow process of civilisation: ‘Il est aisé de … conclure … avec quelle lenteur la raison humaine se forme’ (II, 87: 1756, XII, 315).” (46)
“Avec quelle lenteur, avec quelle difficulté le genre humain se civilise, et la société se perfectionne !" (II, 724 : 1756, XIV, 231) 46)
« L’empire de la coutume est bien plus vaste que celui de la nature ; il s’étend sur les mœurs, sur tous les usages ; il répand la variété sur la scène de l’univers : la nature y répand l’unité ; elle établit partout un petit nombre de principes invariables : ainsi le fonds est partout le même, et la culture produit des fruits divers. (1756, II, 810) (47)
In Voltaire’s account, an Enlightenment narrrative on the rise of Europe, the Church is playing a role in the civilising process “on sentait qu’elle … était faite pour donner des leçons aux autres”) and an intermediate power in the states where it operates : « un frein qui retienne les souverains » (I, 492, 529 : 1756, XI, 263) (48-49)
A large part is left to non-Western accounts, particularly China, and Japan.
“Nos peoples occidentaux ont fait éclater dans toutes ces découvertes une grande supériorité d’esprit et de courage sur les notions oreintales… Mais la nature leur avait donné sur nous un avantage qui balance tous les nôtres : c’est qu’elles n’avaient nul besoin de nous, et que nous avions besoin d’elles. (II, 325 : 1756, XIII, 207)”
The East is essential to the self-understanding of the West.
Revisions
“As he retouched the Essai, Voltaire became more preoccupied with the ironies of causality in history, and less interested in its (ultimately relatively civilised) outcome. Narrative connectives are traded for a satirical sense of necessity. The rudimentary causal coherence, which Voltaire originally found in the history of the world, starts to look like a Panglossian fantasy. Voltaire now sees only an unpredictable game of consequences (the word he uses to convey this is ‘enchaînement’). François I’s death of the new world disease, syphilis, is presented, in 1761, as an example of this ironically treacherous ‘enchaînement’:
C’est ainsi que les évènements son enchaînés: un pilote génois donne un univers à l’Espagne ; la nature a mis dans les îles de ces climats lointains un poison qui infecte les sources de la vie ; et il faut qu’un roi de France en périsse. (II, 201)
The term ‘enchaînement’ conveys an idea of human helplessness in the face of meaningless fatality : ‘il paraît un enchaînement fatal des causes qui entrainent les hommes comme les vents poussent les sables et les flots’ (II, 784: 1756, XIV, 319). The use of the term ‘enchaînement’ also carries with it an indirect attack on Catholic providential history of the kind most famously exemplified by Bossuet’s Discours sur l’histoire universelle (1681). Bossuet uses the term ‘enchaînement’ to denote the divine order in which God simulates logical cause-effect relationships in order to give man a sense of the moral intelligibility of the world. Or as Bossuet phrases it:
Ce mesme Dieu qui a fait l’enchaisnement de l’Univers … a voulu aussi que le cours des choses humaines eust sa suite et ses proportions.
Voltaire’s use of the word ‘enchainement’ suggests a parodic reworking of theocentric universal history. Bossuet’s God, by acting directly upon human passions, produces a historical order identical to the providential order, whereas Voltaire’s ‘enchaînement’ reveals a moral sequence discontinuous with or in ironic relation to the historical one.” (52-53).
Roman scandale de l'époque, Diderot dresse un portrait sans compromis de l'état religieux, des moeurs, de la petite morale des grandes morales.
Diderot écrit dans un style qui nous hape dans son roman quelque soit l'époque du lecteur et malgré le fait que le narrateur, la nonne, s'adresse à un marquis auprès duquel elle recherche la protection. Un niveau de lecture multiple qui constitue un véritable régal neuronal. Ce meme festin qui semble avoir disparu avec le siècle des Lumières et qui consistait à user et abuser de cette immense liberté tout d'un coup trouvée. Le lecteur marquis est donc laissé dans le choix de juger, et l'imagination du lecteur va meme jusqu'à etre sollicitée pour s'imaginer etre ce marquis à qui est adresser cette "lettre" de la religieuse implorant son hospitalité et sa protection. Cette liberté immense me manque dans les autres siècles. Peut-etre n'use-t-on plus d'une liberté qui semble paraitre trop banale, acquise.
Dans ces lectures à niveaux multiples, Jacques le fataliste et son maitre est unique. La liberté est laissée à tout le monde, y compris semble-t-il aux personnages du roman qui racontent l'histoire d'autres personnages, qui eux-memes ne semblent en prendre qu'à leur aise pour raconter leur histoire.
Le génie de Diderot ne passe pas seulement dans cette capacité à donner l'imagination libre et entière au lecteur et à ses personnages, mais aussi dans le style flamboyant, truculent de son écriture.
Un régal, un régal, vous dis-je. Une agape de liberté, de légèreté, de profondeur, et d'humour.
I think that the current debate is not oriented towards the right direction. What exactly do "we" ("Westerners") want to achieve by defending human rights? It seems to me that most of the courses of action debated in the "West" are only motivated by a Western need to clear its conscience with the defence of human rights that the Olympic games in China is offending. Well, if that is the motivation to protest or boycott the Olympic games, I do not see much point in it. On the other hand, if the defence of human rights is seen as oriented towards actually helping those who are deprived of it, i.e. the Chinese population, then the debate makes sense.
With that goal in mind (helping Chinese people victims of human rights abuses), the debate should be better informed by the twisted mechanic of a communist regime. First of all, the course of action chosen should not fall short of manipulation awareness. A communist regime excels in mass-manipulation. Censorship is a powerful tool. We should not kid ourselves into believing that any "message" read our any protest or scandal made during the games will be censored in China, and nobody outside the country will actually see it. What about a complete boycott then? Surely if there are no athletes present (assuming that it is possible to convince Coca-Cola and all the major trade marks sponsoring that loosing vast sums of money for a just cause of defending human rights is an economically rational decision that is good to take for them), there would be no censorship possible. But then, the manipulation is easy: the work is all done for Chinese authorities to denounce a vast campaign against Chinese national sovereignty or whatever can boost Chinese national feelings of resentment against foreigners instead of resentment against the communist regime. One should not forget that well-educated and well-informed Chinese students are already highly critical of "Western bias" in the media towards the Chinese regime (read here).
So what is the right course of action? I do not have the answer, but I think that the debate should be primarily informed on what can actually counter and hurt the actual Chinese regime, while helping the population without falling into Chinese manipulation. The economy and international respect are commonly thought to be the keys. Western leaders have mixed economical development and exchange with the need for reform towards more political liberalism; a more integrated role in political affairs is offered to China in exchange for the promise to respect human rights. Has the moral carrot-stick worked until now? Poorly. But Western peoples should understand that bawling for human rights in the streets whilst denouncing "coward" governments "collaborating" with the Chines government is counter-productive.
The communist regime will not reform itself - history shows. It is also unlikely that it can be overthrown by an unsustainable economic race like the USSR, since it has adopted a liberal economy. Contrary to what was excepted in liberal theories, a liberal economy is not leading to a liberal political system. So what could lead to a change in the regime? I believe in people. People make politics. Ideas are thought and put into action by people. The future generation of Chinese leaders are today's students. Many of them are studying in Western universities. It is important that communication is established with them, so that there is no feeling of "imperialism" imposed on a liberal change, or sovereignty infringed, nor any "bias" in our perception of the Chinese regime. This requires informed points of view from our part on China and the Chinese civilisation. And it requires that we discuss openly and frankly with these guest students on politics and philosophy, or just have a beer and discuss a football match while enjoying the liberty of free criticism and opinions.